« La musique et la couleur sont intimement liés ». C’est ainsi qu’Olivier Messiaen définit sa démarche esthétique. Il affirme aussi la place de la couleur comme centrale en intitulant son immense Traité de composition : « Traité de rythme, de couleurs et d’ornithologie ». Il affirme avoir ressenti dès l’enfance le potentiel de merveilleux de la couleur.
Messiaen s’avoue voué depuis sa naissance au violet qu’il décrit ainsi : « le violet est une couleur complexe parce qu’elle mélange le bleu, couleur excessivement froide et le rouge excessivement chaude ».
Pour Messiaen, un artiste digne d’admiration doit briller par son sens de la couleur quelque soit son époque ou son style. Faisons d’abord une place au fameux polyptique d’Issenheim de Mathias Grünewald. Poursuivons notre route et dirigeons nous vers le couvent Saint Marc à Florence où se trouve la fresque de l’Annonciation de Fra Angelico que Messiaen admirait pour ces couleurs très vives.
Faisons un saut dans le temps et venons-en aux modernes : tout d’abord Monet retient son attention. Selon lui les Nymphéas sont l’équivalent dans la peinture de Debussy en musique. Mais c’est Robert Delaunay qui le séduit incontestablement et dont il se fait volontiers le chantre. Messiaen voue une particulière admiration à des artistes beaucoup plus confidentiels. Il faut en citer deux : Ciurlionis « le grand homme de la Lituanie ». Mais le seul artiste avec lequel Messiaen eu un contact personnel fût le peintre suisse Charles Blanc-Gatti qui le captiva par « ses visions prenant des formes spirales ».
Messiaen prend bien des soins, afin d’aider, selon sa jolie formule, « l’auditeur-voyant » : « j’ai même pris la peine d’indiquer sur mes partitions les couleurs que je voyais et je voulais que les chefs d’orchestre et les exécutants les fassent voir ».
C’est en écoutant l’Ariane de Paul Dukas que Messiaen perçoit, pour la première fois, la « musique colorée ». Autant dire que pour figurer dans le panthéon de Messiaen, les grands compositeurs du passé doivent être capables de produire des sons-couleurs. Parmi les plus doués, Messiaen évoque Wagner dont « le duo d’amour de Tristan et Isolde et la voix de Brangaene invisible dans la nuit contiennent de suaves couleurs d’accords », Moussorgsky, Stravinsky et Monteverdi. Chopin est quant à lui qualifié de « très coloré car les Etudes, les Préludes, les Ballades, le Scherzo de la Sonate funèbre, le finale de la Sonate en si mineur, contiennent « d’extraordinaires changements de couleurs ». Mozart marque sa différence avec les autres classiques parce qu’il est toujours coloré. Mais le summum du musicien merveilleusement coloré, c’est Debussy : « Sa musique toute entière est coloré, avec un amour extraordinaire des colorations d’accords » s’exclame Messiaen.
Un petit groupe de compositeurs, les musiciens de l’Itinéraire, vont franchir un pas décisif ; muter des complexes de sons, chers à Messiaen, aux sons complexes. Ce n’est pas un hasard si parmi eux figurent trois anciens élèves de la classe de Messiaen : Michaël Lévinas, Gérard Grisey et Tristan Murail
Selon Messiaen : « Grisey et Murail sont plus proches dans l’esprit de leur démarche des peintres impressionnistes. Ils ont su conférer une dimension esthétique, une signification presque picturale aux techniques de modulation d’amplitude et de fréquence ».
Ravel et Messiaen
Dans son ouvrage intitulé « Ravel » Yvonne Loriod-Messiaen nous apprend que Messiaen a admiré ce compositeur dont il a enseigné, commenté et analysé les plus grands chef d’ouvres, tels que Ma Mère l’Oye, Gaspard de la nuit et le Tombeau de Couperin. A ceux-ci nous pouvons ajouter L’Enfant et les sortilèges, Daphnis et Chloé, Les Histoires Naturelles, Les Valses Nobles et Sentimentales.
Tous les élèves qui ont pu en bénéficier ont témoigné que l’attrait de Messiaen pour Ravel était indissociable de l’imaginaire littéraire dont aimait s’entourer ce compositeur : Aloysius Bertrand pour Gaspard de la Nuit, Perrault pour Ma Mère l’Oye, Colette pour l’Enfant et les Sortilèges et Jules Renard pour les Histoires Naturelles.
En ce qui concerne Ma mère et l’Oye , Pierre Boulez nous témoigne que, pendant ses cours de composition, Messiaen s’est plongé dans une analyse profonde de cette œuvre tant admiré. C'est-à-dire en cherchant les références poétiques de Ravel en remontant donc aux contes de fées de Perrault, en analysant la partition de piano à quatre mains puis l’orchestration.
Concluons qu’ainsi deux des plus grands génies de la musique française ont dialogués.
Les incontournables de ce festival :
Tristan Murail
Tristan Murail, né en 1947 au Havre, obtient son prix de composition dans la classe de Messiaen en 1971. Après un séjour à la villa Médicis à Rome, il retourne en France en 1973. Il fonde alors avec Roger Tessier, Michaël Lévinas et Gérard Grisey, le collectif « L'Itinéraire » qui s'attache selon son manifeste « à exploiter en profondeur le phénomène sonore dans toute sa complexité ». Olivier Messiaen leur apporte immédiatement son appui en déclarant : « Je crois que c'est là que tient le renouveau ». Murail se passionne pour l'étude des sons « l'un des points de départ du travail de compositeur » qu'il approfondit ensuite lors de son séjour à l'Ircam en 1980. Au fond, Murail s'intéresse aussi bien à la couleur qu'au timbre, se situant aussi dans la lignée de Ravel. Sa culture de la poésie et de la peinture transparait dans les titres d'œuvres qui font la part belle à la couleur, à la nature, à la peinture : « Treize couleurs du soleil couchant », « Vues aériennes », « La Barque Mystique ». Toutes ces oeuvres seront interprétées au festival Messiaen au pays de la Meije 2011.
Guillaume Connesson
Guillaume Connesson est un compositeur français né à Boulogne-Billancourt en 1970. Il a étudié le piano, l'histoire de la musique, l'analyse et la direction de chœur au Conservatoire National de Région de Boulogne-Billancourt, ainsi que l'orchestration au Conservatoire National de Paris. Parallèlement à ses études. Il a pris conseil auprès de Marcel Landowski. En 1998, il obtient le prix Cardin de l'Institut de France pour Supernova et en 1999 le prix Nadia et Lili Boulanger. En 2000 il obtient le prix de la SACEM, en 2001 une bourse de la Fondation Natexis et en 2006 le Grand Prix Lycéen des compositeurs.
Sa musique orchestrale est régulièrement jouée par de nombreux orchestres américains (Washington, Atlanta, Houston, Cincinnati...) et européens. Guillaume Connesson est l'un des jeunes compositeurs les plus doués de l'heure . Il est actuellement professeur d'orchestration au Conservatoire National de Région d'Aubervilliers.
Jean-Luc Hervé
Jean-Luc Hervé fait ses études au Conservatoire Supérieur de Musique de Paris où sa rencontre avec Gérard Grisey sera déterminante. Il y obtient un premier prix de composition. Sa thèse de doctorat d'esthétique ainsi qu'une recherche menée à l'IRCAM seront l'occasion d'une réflexion théorique sur son travail de compositeur, sa résidence à la Villa Kujoyama de Kyoto un grand choc esthétique et un tournant décisif dans son œuvre. Sa pièce pour orchestre Ciels a obtenu le prix Goffredo Petrassi en 1997. En 2003 il est invité en résidence à Berlin par le DAAD. « Ma musique prend souvent , nous dit Jean-Luc Hervé, la forme d’un itinéraire qui conduit l’auditeur du début à la fin, mais avec des moments où l’on échappe à ce mouvement, des moments de pure contemplation du son ». Parmi les œuvres marauantes de Jean-Luc Hervé, citons « Déjà » pour deux claviers et électronique dont la sonorité évoque une musique extra-européenne imaginaire et « Dans l’ombre des anges » pour flûte, clarinette, violoncelle, percussions écrite à la mémoire de Gérard Grisey.