Édito


Pour les oiseaux


"Dans la hiérarchie artistique, les oiseaux sont les plus grands musiciens qui existent sur notre planète"

Olivier Messiaen

(Claude Samuel, Permanences d'Olivier Messiaen, Actes Sud, 1999)


Suivre les pas d'Olivier Messiaen jusqu'au village de La Grave, c'est suspendre le temps, ouvrir ses oreilles et regarder vers les sommets, et plus haut encore, pour célébrer la musique, la nature en général, les oiseaux en particulier, et la création, dans tous les sens que ce mot peut embrasser.

Après vingt ans de passion partagée par Gaëtan Puaud, fondateur du Festival Messiaen au Pays de la Meije, nous nous devions de nous inscrire dans son bel héritage et de lui rendre hommage en revendiquant une continuité. D'abord parce qu'on n'invente jamais ex-nihilo : bien souvent tout est là, il suffit seulement de suivre, d'écouter et réinterpréter. Messiaen nous l'a montré lui-même, lui qui ouvrait des nouveaux mondes musicaux sans jamais s'attaquer aux anciens, allant même régulièrement y puiser comme on cueille des fleurs et des couleurs pour de nouvelles compositions, de nouveaux bouquets (sa "technique de l'emprunt" que le trio Balmer, Lacôte, Brent Murray a démontré avec brio durant le Festival l'an dernier).

Ensuite parce qu'il n'y a rien à changer au projet du Festival dont la qualité, l'audace et l'ambiance amicale font déjà la réputation. Mais nous aurons à cœur de le développer, évidemment. Et d'y apporter notre singularité en l'ouvrant à la jeunesse et en embrassant plus largement encore les passions d’Olivier Messiaen, avec notamment les musiques du monde, patrimoniales ou de création. Sans oublier jamais - et cela est, était et restera un marqueur du Festival - de susciter des commandes d’œuvres nouvelles aux compositeurs d'aujourd'hui : Benjamin Attahir, Sasha J. Blondeau et Michaël Levinas pour cette seule édition. Car il y a une grande urgence à défendre la création musicale dans un monde malade d'uniformité où notre capacité à entendre, ouïr, écouter, se réduit aussi tristement et dangereusement que la glace sur les sommets.


Ainsi, pour revenir aux sources de Messiaen, cette édition est consacrée aux oiseaux. Mais il ne s'agit pas d'un thème seulement d'une dédicace, d'un engagement, d'une prière : Pour les oiseaux. Et ils sont nombreux depuis l'escale à la Maison Messiaen à Saint-Théoffrey, en ouverture le vendredi 26 juillet, avec la projection du film Le peuple migrateur en présence du compositeur, Bruno Coulais ; en passant par La conférence des oiseaux spectacle musical de Michaël Levinas, compositeur invité de cette édition, à Briançon le lundi 29 juillet ; en passant par le Col du Lautaret et la rencontre avec Michel Fano, pour la partition sonore du film Le territoire des autres ; ou encore, en clôture du festival le dimanche 4 août, pour une Nuit des oiseaux où sera déclinée à La Grave l'entièreté du Catalogue d'oiseaux de Messiaen (et plus encore) par le pianiste Roger Muraro, de retour dans ce festival qu'il fut l'un des premiers à aider, et à aimer, dès sa première édition.


Et des oiseaux il y en aura de nouveau(x) dans le Quatuor pour la fin du temps et les Petites esquisses d'oiseaux de Messiaen, mais aussi dans Le Chant des oiseaux de Janequin, L'Ornithopoesia d'Annette Schlünz et le concert d'appeaux de Francesco parmi les pièces qui seront données durant ce festival qui ne se refusera pas quelques allers et retours dans le temps, et quelques migrations dans le ciel, jusqu'à l'Argentine avec le compositeur Alejandro Iglesias Rossi et l'Orquesta de Instrumentos Autoctonos y Nuevas Tecnologias de la Universidad Nacional de Tres de Febrero (car nous proposons d'élargir l'horizon musical en mettant un pays en avant afin de découvrir d'autres rapports au son, à la composition, au concert...).


"Et alors tous ces oiseaux s'élevèrent en l'air avec de merveilleux chants, et selon la croix faite sur eux par saint François, il se divisèrent en quatre parties ; et l'une d'elles vola vers l'orient et l'autre vers l'occident, et l'autre vers le midi, et la quatrième vers le septentrion, et chaque nuée allait chantant de merveilleux chants..."

(Les Fioretti de saint François d'Assise, chap. 16)


Voilà donc le programme, tout simplement. En vous souhaitant de belles envolées musicales au Festival Messiaen au Pays de la Meije...


Bruno Messina,

Directeur artistique du Festival