Les incontournables 2017


Saint François d’Assise - Messiaen


« Saint François d’Assise » se présente comme le véritable testament du compositeur. Les 8 tableaux répartis en 3 actes constituent l’aboutissement de toute une vie de cheminement musical et théologique. Olivier Messiaen nous plonge dans un grand mystère médiéval dont il écrit lui-même le livret en faisant appel aux « Fioretti », aux « Considérations sur les stigmates », au célèbre « Cantique des créatures ».

Le choix du poverello d’Assise, Messiaen s’en explique ainsi : « Et bien la vérité, c’est que l’ai choisi Saint François d’Assise comme personnage, d’abord parce qu’il ressemblait au Christ par sa chasteté, par sa pauvreté, par son humilité, par les cinq plaies des deux pieds, des deux mains et du côté, c'est-à-dire par les stigmates. Mais aussi parce que si vous voulez, c’est en quelque sorte pour moi un confrère, je suis ornithologue, et il prêchait aux oiseaux. C’est pour ça que j’ai mis dans cette œuvre tant de chants d’oiseaux ».

Olivier Messiaen n’hésite pas à se rendre, en 1975, au bout du monde, en Nouvelle Calédonie, pour noter le chant de la Gerygone qui sera l’oiseau qui accompagnera l’Ange comme un leitmotiv wagnérien, et bien sûr, en Italie, à Assise, en juin 1976, pour noter le chant de la Fauvette à tête noire qui accompagnera constamment le personnage de Saint François dans l’opéra.


Olivier Messiaen confie à Yvonne Loriod la réduction pour chant et piano de Saint François d’Assise, édité par Leduc, en 4 volumes, dont de larges extraits seront créés, le samedi 23 juillet 2016 au festival Messiaen au pays de la Meije.



Le livret de Saint François

Dans le premier tableau, frère Léon, le confident de Saint François, lui demande ce qu’est la « joie parfaite », le saint lui répond qu’il s’agit d’accepter toutes les difficultés qui se présentent à lui en pensant aux souffrances du Christ, mort pour notre salut sur la croix.

Le deuxième tableau nous présente la vie conventuelle : Saint François est entouré des autres frères pour louer toues les créatures qui les entourent en leur créateur.

Au troisième tableau survient le premier miracle, la guérison d’un lépreux. A partir de ce moment, Messiaen parle de la sainteté définitive de François.

Les quatrième et cinquième tableaux sont consacrés aux apparitions de l’Ange. Le saint est à l’Alverne, un endroit isolé où il aime prier. L’Ange va lui donner un avant-goût de la musique céleste en lui jouant un morceau de viole.

Le sixième tableau, le « Prêche aux oiseaux », est le passage le plus célèbre de l’opéra. L’action se déroule en 1215 aux alentours de l’ermitage des Carceri. Les deux personnages présents sur scène sont Saint François et frère Massé, comme on peut les voir sur la fresque de Giotto dans la cathédrale d’Assise. Ils invitent les oiseaux à louer le créateur car il leur a donné des dons extraordinaires.

Le septième tableau, « Les Stigmates », s’articule autour de la pensée du théologien Hans Urs Von Balthasar : la Gloire et la Croix sont intimement liées, tous ceux qui participent aux souffrances du Christ sont dignes du Royaume des Cieux. En recevant les stigmates du Christ, Saint François peut dire avec Saint Paul : « Je suis le crucifié avec le Christ ; et ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi ».

Enfin, le dernier tableau traite de la mort et de la nouvelle Vie. Le compositeur précise sa pensée :« Je suis croyant, pour moi la mort set un passage à une autre vie ». Le saint quitte la scène dans un éblouissement dans un éblouissement coloré symbolisant la clarté et la gloire de la Résurrection.



Visions de l’Amen - Messiaen


La création de ce vaste cycle, le 10 mai 1943, lors d’un concert de la pléiade à la Galerie Charpentier fait sensation. Réclamant le « maximum de force et de sonorités diverses », Messiaen pousse l’instrument avec une ampleur orchestrale inédite réservant à chaque piano un registre distinct : au premier,confié à sa jeune interprète, Yvonne Loriod : « les difficultés rythmiques, les grappes d’accords, tout ce qui est vélocité, charme et qualité du son ». Au second,tenu par le compositeur : « la mélodie principale, les éléments thématiques, tout ce qui réclame émotion et puissance ». Il s’agit d’illustrer Sept Visions de l’Amen car sept est le chiffre symbole de la création du monde qu’il s’agit d’évoquer des ténèbres du début à la lumière de l’aboutissement. Le tout est unifié par le thème de la création. Effets de résonances de cloches, fragments de mélodies grégoriennes, chants d’oiseaux, canons rythmiques, cascades de notes prestissimo en valeurs irrationnelles, la prodigalité des moyens n’est pas de trop quand il s’agit d’évoquer le tournoiement des planètes et l’arc-en-ciel de pierres précieuses de la cité céleste de l’Apocalypse.

Chacune des sept pièces du cycle comporte en exergue une citation d’une des sources suivantes : l’Apocalypse, les Evangiles selon Saint Matthieu, et Saint Luc, les prophéties d’Isaïe, l’ouvrage « Espace céleste » de l’abbé Moreux et surtout le livre « Paroles de Dieu » d’Ernest Hello.

Les « Visions de l’Amen », dédicacées à Yvonne Loriod remportent un formidable succès, en présence d’un grand nombre de personnalités : Colette, Marie-Blanche de Polignac, Jean Cocteau, Christian Dior, Gaston Gallimard, André Jolivet, Francis Poulenc, Paul Valéry et Arthur Honegger qui rédige une chronique: « L’auteur interprétait lui-même son œuvre avec pour partenaire Yvonne Loriod. Quand on connait la difficulté technique de la partition de Messiaen, on ne peut qu’exprimer son admiration devant la prodigieuse maîtrise de cette jeune artiste».



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